mardi 3 mars 2015

Enfin !!

Voilà un mois que je lui rendais une visite déférente chaque matin : il était prometteur mais légèrement boudeur. Ou coquet !! Va savoir ...
En tout cas, dès que ses petite boules commencent à exploser en un duvet aux fragrances délicates et éphémères, on a peut l'affirmer gaiement : le printemps n'est plus loin ...

Dédié à Mandarine !


dimanche 1 mars 2015

Invasion féline sur Internet

Avec l'aisance qui le caractérise, Internet a refait la légende : en sacrant Harry Pointer inventeur du LOLcat (il a suffi qu'un internaute le prétende et toute la toile le répète en boucle... mais l'époque - les années 1870 - était très porteuse, et le chat habillé est fréquent dans l'imagerie populaire)
Légende de cette image où l'on reconnait parfaitement Pointer en train de fracasser un portrait de chat : "and the LORD said unto Harry, “Come up to me into the mount, and be there: and I will give thee photos of kitties, and humorous subtitles which I have written; so that thou mayest distribute them to the masses.” – Exodus 24:12"


C'est une marotte, c'est une manie et cela vire même parfois à l'obsession : vous ne pouvez plus faire deux clics sur la toile sans vous trouver nez à nez avec ... un chat. Un chat débile de préférence : un en trouve un peu partout, sur les blogs personnels bien sûr où les chats sont des protagonistes très appréciés - le commentaire est facile et le taux de retour conséquent - mais aussi dans notre boîte mail, sous forme de blagues, de mises en scène, etc... et surtout sur les réseaux sociaux où ils font carrément un tabac. Ce sont parfois des photos mais aussi très souvent des vidéos, qui font craquer tout le monde ... ou presque : le chat mignon est celui qui attendrit le plus les foules :


5 200 000 visites 

plus de 17 500 000 visites ...

le top étant atteint avec cette compilation (14 minutes excusez du peu, je vous avoue n'avoir pas eu le courage de regarder !!) qui dépasse les 32 000 000 de visites.

Je pourrais vous en mettre des milliers, toutes avec des records d'audience impressionnants. Mais d'où nous vient ce phénomène ? Qui vire souvent à l'addiction, sans prendre le moins du monde conscience de son côté répétitif, godiche et réducteur. Certes, l'empathie envers les animaux, surtout les animaux domestiques - plus propres à singer nos comportements, donc plus caricaturaux ou, selon les cas, plus attendrissants - permet de créer des fils sur la toile qui font l'unanimité, permettent le commentaire complaisant et facile, et l'éclat de rire à bon compte. Mais sapristi pourquoi le chat ??


Le chat, ou mieux le chaton, a toujours été apprécié des foules avides de "petits riens" pour se distraire...


....on n'a pas attendu les accros de la toile pour en faire un support publicitaire, un sujet de cartes postales ou une illustration de chromolithographies pour enfants sages et parents rassurés. La factrice des années de notre jeunesse proposait, lors de sa traditionnelle visite de vœux, autant de calendriers avec des chats que tous autres motifs confondus, et ce, depuis des lustres.


Rien que de très normal alors que, dans les années 2000, le matou soit devenu l'hôte tous azimuts, décliné à toutes les sauces, des surfeurs en mal d'émotions. Le chat mignon, le chat débile, le chat anthropomorphe, le chat de mauvaise humeur, le chat méchant, tout y passe et chacun y va de sa petite invention pour attirer les clics.

Tout est parti, nous dit-on, à partir "d'une initiative de blogueurs politiques qui, au début des années 2000, ont commencé à poster une photo de leurs chats tous les vendredi. C'était la seule chose qui les mettait d'accord !, raconte un blogueur qui suit de près le phénomène des chats sur Internet. Par la suite, 4chan [un forum hyper actif et très controversé à l'origine de nombreux buzz] a récupéré le mouvement en 2005 en créant le 'Caturday'. Le principe était de publier des photos en ajoutant des légendes rigolotes. C'est ainsi que sont nés les fameux "LOLcats". "Ce sont des photos marrantes de chats qui font des choses étranges avec une phrase humoristique écrite dans un anglais phonétique - un dialecte connu sous le terme de "LOLspeak'"selon Emily Huh, éditrice de Icanhascheezburger.com, le blog qui a popularisé les LOLcats." Au point que la ville de Minneapolis a accueilli le premier festival international du Lolcat le 30 août 2012 où l’on désigne la meilleure vidéo de chat.

Carte de Harry Whittier Frees, 1905

Il s'agissait donc, à partir des photos de nos animaux préférés, de créer un sentiment d’appartenance, ces derniers permettant, de façon indirecte, d’exprimer des émotions, et surtout de les partager avec les autres. Et, en la matière, le chat part avec un capital sympathie nettement supérieur à celui du chien : petit format, facile à prendre en photo, mettant son nez partout, souvent proche de l'internaute, il est facile à saisir pour envoyer très vite un LOLcat sur la toile. Son image, culturellement, est déjà très "reconnue" : vénéré par les égyptiens, diabolisé (c'est utile sur internet) au Moyen-Age, très apprécié dans nombre de civilisations, particulièrement asiatiques, le chat est souvent synonyme de chance, de richesse ou de longévité. Mais surtout, la figure du chat incarne des valeurs comme l’autonomie, la liberté, l’individualisme, voire l'égoïsme, très en pointe dans  la société actuelle.


On a ainsi défini une sociologie des amateurs de chats sur la toile :
Il existerait même une sociologie des passionnés de LOLcats:
– les gens qui aiment les chats et qui partagent ces contenus pour faire sourire
– les geeks qui détournent les LOLcats pour créer des contenus à haute (??) teneur en culture web (ah bon !!) que seuls les initiés comprendront
– les novices qui partagent les contenus de façon occasionnelle
Et pour tous, on s'active à expliquer, études pseudo-scientifiques à l'appui, que regarder des vidéos de chat pendant des heures seraient une excellent échappatoire, un moment de détente bénéfique, voire une source de créativité. Deux chercheuses britanniques en psychologie de l’université du Central Lancashire – Sandi Mann et Rebekah Cadman – viennent même de confirmer cette hypothèse. Les japonais, toujours sur le mode scientifique, ont même démontré que pour bien démarrer la journée il faudrait donc prendre un café, une viennoiserie et un LOLcat ! Du coup, une entreprise a même fait fort,  encourageant, moyennant 5000 yens (environ 35 euros) par mois, ses salariés à venir chaque jour travailler avec leur chat ! On avait déjà les bars à chat, voilà les bureaux miaou !! Et tant pis pour ceux qui sont allergiques au poil de chat ...


Du coup, les gens de marketing n'ont pas laissé passer l'aubaine, car on sait désormais qu’inclure un chat dans une campagne publicitaire attire favorablement l’attention, marque plus sûrement les esprits. Il était donc inévitable que les marques se soient emparées du phénomène. Témoin le sport de Bouyghes, qui a déjà attiré plus de 3 000 000 de clics. Tant pis si vous le trouvez franchement niais, c'est que  vous n'êtes carrément pas dans le coup.



Certains se sont même, sans l'avoir prévu, fourvoyé, ainsi la compagnie d’assurances suédoise Folksam mettant en scène des chats qui s’initient au parachute sur le morceau «I Believe I Can Fly» de R. Kelly, ont, à leur grande surprise essuyé un retour de buzz négatif avec la montée au créneau des associations de protection des animaux qui pensaient qu’ils avaient réellement balancé des chats d’un avion … Toyota met en scène un chat dans son spot pour la Corolla où ce dernier est prêt à tout pour remonter dans la voiture de ses rêves.


Et tant d'autres ... On imagine volontiers que l'une des raisons de ce succès est le caractère fortement individualiste des chats : lorsqu’un félin veut faire quelque chose, il n'attend pas le moment où son maître tourne la tête (comme le chien qui fait des bêtises en douce ou pour attirer l'attention), il le fait quand il en a envie, parce qu'il en a envie, sans autre forme de procès. Il n'en fait qu'à sa tête. Il a, par ailleurs, une autre qualité qui plait en ces temps troublés : il retombe toujours sur ses pattes, contrairement à la malheureuse tartine beurrée de Murphy qui, selon la loi de l'emmerdement maximum, tombe, elle, toujours côté beurre. Et puis, surtout, le chat n'est pas vraiment drôle : il dort 18h par jour, il ne court même pas après la balle qu’on lui envoie et dont il se fiche éperdument, il est souvent arrogant avec sa fâcheuse tendance à n’aller vers  son maître qu’en cas de besoin.. et pourtant, parfois, il prend des poses inattendues, des expressions rigolotes, voire carrément caricaturales. Il n'est pas drôle mais il fait rire.


La dernière caractéristique qui fait du chat le vecteur idéal des plaisanteries sur internet est qu'il est l'animal préféré des introvertis, qui préfèrent la compagnie d’un chat qui n’a pas beaucoup de besoin à celle d’un chien qu’il faut sortir, dont il faut s'occuper, faire jouer, laver, voire à qui il est bon de parler un peu ! Or les geeks, entendez les mordus de techniques informatiques, sont souvent des introvertis, plus à l'aise face à leur écran qu'avec leurs semblables, et ont tendance à passer beaucoup de temps à surfer sur le web... leur chat allongé près du clavier.


Mais ce que les ardents défenseurs de la gent féline et autres irréductibles des chatteries sur les réseaux sociaux ignorent, c'est que finalement, tout cela, tout romantique et attendrissant que cela puisse paraître, n'est qu'une question de toxoplasmose. Or l'élément responsable de la toxoplasmose est un protozoaire appelle le toxoplasma gondii et c'est un parasite. C'est à dire que, pour survivre, il a besoin d'un autre organisme, à sang chaud de préférence. Donc, pourquoi pas les hommes ?? Il se loge à l'intérieur de nos cellules, bien à l'abri de notre système immunitaire. Or, le toxoplasma gondii peut parfaitement vivre dans nos cellules, mais, le malheureux, il ne peut pas s'y reproduire. Il ne peut se reproduire, et c'est là que le bât blesse, que sur les chats.

Voilà, vous avez compris : alors que nous, pauvres humains, ne sommes pour ce parasite que des hôtes intermédiaires, les félins sont eux, leurs hôtes définitifs. Le toxoplasma gondii est, nul ne peut l'ignorer, le responsable d'une infection, la toxoplasmose qui, dans la majorité des cas n'a aucun symptôme. Absolument bénigne, elle ne cause aucun dommage. Pourtant, le parasite, qui s'est, nous l'avons dit, installé dans nos cellules, aime aller se loger dans l'amygdale, une région du cerveau responsable du sentiment de peur, mais aussi de l'émission d'un neuro-transmetteur, la dopamine, mieux connue sous le nom d'hormone du plaisir (ou du désir). C'est ainsi que les rats infectés par le toxoplasma gondii n'éprouvent plus de peur en sentant de l'urine de chat, réaction normale et salutaire qui leur permet de s'en tirer vivants, mais au contraire, damned, ils ressentent de l'excitation sexuelle. Ce qui, bien évidemment, va avoir l'effet inverse de ce qui les sauverait : ils vont aller à la rencontre du chat, au lieu de le fuir. Et cette altération du comportement n'est pas propre au rat : elle touche aussi l'homme ! Qui ressent, du coup, un désir irrépressible d'être au contact de chat, d'en caresser et surtout d'en posséder un. Pour lui refiler son fameux parasite qui, là, pourra enfin de reproduire. Or cette infection parasitaire touche entre 25 et 50% de la population humaine mondiale. Oui, mondiale ... vous saisissez maintenant pourquoi il y a tant d'humains sous influence sur internet qui bêtifient à qui mieux sur les minous, les chatons, les greffiers, les matous, les mistigris et autres félins. Ils sont au service du toxoplasma gondii et dévoués à la cause de sa survie !!! Les pauvres, on n'a donc même pas le droit de se moquer d'eux, ce que, vous avez remarqué, ce billet se garde bien de faire ....

jeudi 26 février 2015

Encore une femme peintre méconnue : Clémentine Hélène Dufau


Son père, basque, après un séjour à Cuba, rentre avec une fortune intéressante et se marie avec la fille de Guilleaume Dumézil, propriétaire aisé d'un domaine viticole à Quinsac. Clémentine-Hélène est le 4ème enfant du couple. De santé fragile, la jeune Clémentine-Hélène doit rester souvent allongée, et manifeste très jeune un don pour le dessin. Ses sœurs mariées, elle voudrait aller à Paris faire des études artistiques, ses parents décident alors de vendre le domaine de Quinsac et s'installent en 1888 au 12 rue Pergolèse dans le 16e arrondissement à Paris pour l'accompagner.  Inscrite au cours de l'académie Julian où elle a William Bouguereau et Tony Robert-Fleury pour professeurs. En 1895, elle expose au Salon des artistes français et obtient le prix Marie Bashkirtseff avec un tableau L'Amour de l'Art, cela lui permet d'avoir ses premières commandes pour des affiches publicitaires, son affiche pour le Bal des increvables du Casino de Paris est remarquée.

Affiche de Clémentine-Hélène Dufau pour le lancement du journal "La Fronde" en 1897. La Fronde est un quotidien politique et littéraire, administré, rédigé et composé exclusivement par des femmes (1897 -1905). Créé par Marguerite Durand, La Fronde a pour originalité de ne pas être seulement un journal destiné aux femmes, mais un quotidien conçu, rédigé, administré, fabriqué et distribué exclusivement par des femmes : journalistes, rédactrices, collaboratrices, typographes, imprimeurs, colporteurs, l'équipe est entièrement féminine. Marguerite Durand voulait ainsi prouver que des femmes peuvent fort bien réussir dans le monde du journalisme, fortement dominé par les hommes, et une entreprise de presse fonctionner sans recourir à leur assistance

Elle décroche une troisième médaille en 1897 et en 1898, alors qu'elle a adhéré à la Société des artistes français, elle se voit attribuer une bourse de voyage qui lui permet de faire un  voyage d'étude d'un an en Espagne. De retour à Paris, elle expose les œuvres réalisées et obtient un très bon accueil critique. Elle obtient en 1900 une médaille d'argent et une médaille de deuxième classe en 1902.

Magnétisme et Radioactivité. Source LesDeuxMich

En 1904, Henry Marcel directeur des Beaux-Arts, lui commande (ainsi qu'à d'autres peintres en vue Henri Martin, Hélène Dufau, Ernest Laurent, René Ménard et André Devambez) deux grands panneaux décoratifs destinés à orner les murs de la Sorbonne, sur le thème de l'allégorie des sciences. C'est ainsi qu'elle réalise Astronomie et Mathématiques et Magnétisme et Radioactivité.

Astronomie et Mathématiques. Source LesDeuxMich

Ses premières toiles, aux tonalités vibrantes, soutenues par une touche frémissante et agitée, sont baignées d'une lumière véritablement impressionniste. Amie de nombreux artistes de l'époque, elle fréquente Bonnat et c'est sans doute dans son atelier que Léo Fontan, un illustrateur et peintre admis dans la classe de Bonnat depuis peu, la rencontre en 1904. Elle le subgugue au point que, durant le reste de sa vie, il ajoutera en hommage la jeune femme, le prénom de Clément à son propre prénom.
À partir de 1905, elle devient une artiste très en vue et est reçue dans les milieux intellectuels parisien. Elle travaille et sympathise avec le dramaturge Edmond Rostand dont elle décore la villa Arnaga à Cambo-les-Bains. Les projets de cette décoration sont exposés au Salon de 1906.

Le portrait de Maurice Rostand 
Conservé à Cambo-les-Bains, villa Arnaga d'Edmond Rostand Source Wikipedia

Certaines de ses œuvres évoluent vers une interprétation mystique et elle réalise à cette époque vers une certaine forme de symbolisme. C'est alors que, déstabilisée par la mort de sa mère et touchée pour la première fois par une certaine solitude, elle se prend d'une passion amoureuse, qu'elle qualifie elle-même de folle, pour le fils d'Edmond Rostand, Maurice alors encore adolescent, et ne cachant pas ses penchants homosexuels. Cette relation tourmentée et à sens unique durera plusieurs années.


D'une personnalité complexe, féministe, androgyne et mystique, Clémentine-Hélène Dufau comporte une part de mystère qu'il reste difficile de décrypter malgré les indices qui peuvent se trouver dans ses tableaux. Elle est faite chevalier de la Légion d'honneur en 1909. Sa carrière artistique s'étoffe encore, commande de l'État pour la décoration de la nouvelle Sorbonne, portraits de nombreuses personnalités, voyages à l'étranger, expositions.

Autoportrait de 1911 - Musée  d'Orsay
L’artiste se peint en robe du soir d’inspiration orientale de couleur turquoise, ornée de parements dorés et coiffée d’un bandeau émeraude. Cette féministe nous regarde ainsi d’un air fier, consciente de la révolution à laquelle elle participe en s’affichant livre et artiste.  


En 1911, elle fait construire une villa au Pays basque qu'elle devra revendre en 1926 car peu à peu sa situation financière se dégrade.

Photo d'Hélène Dufau en 1921 - Agence Rol

Elle s'installe dans la baie d'Antibes où elle aménage un atelier doté d'une magnifique vue.

Les portraits de Paul Roux et de sa femme, Titine, propriétaire du Robinson, la guinguette que fréquentait Hélène Dufau, avec de nombreux autres artistes, à Saint Paul de Vence. Matisse, Signac, Renoir, Dufy, Valloton, Derain, Bauchant, Manguin, Soutine ... et Hélène débarquaient, armés de chevalet, toile et couleurs, par le tramway tortillard qui relie Cagnes à Vence. Et ils repartent par l'une des dernières rames en fin d'après-midi. Paul Roux se lie d'amitié avec ces bohèmes, les écoute, regarde leurs esquisses. Grâce à eux il s'ouvre à un univers autre que le sien et se met à aimer l'art. Sur le mur extérieur du Robinson, Paul avait accroché une enseigne : "Ici on loge à cheval, à pied et en peinture''. En 1932 il transformera le Robinson en auberge, qu'il appelle, du coup, La Colombe d'Or. Les peintres continuent à passer, toujours plus nombreux. Paul Roux, doué d'un incroyable flair divinatoire va s'employer à les retenir, et leur achète dessins et peintures.  Source Souciris

Fervente adepte de la Tradition selon René Guénon, elle est aussi passionnée par Krishnamurti et proche des collaborateurs des Cahiers de l'Etoile. En 1932, elle écrit un livre, Les Trois Couleurs de la lumière, manifeste mystico-ésotérico-féministe aux accents visionnaires. Dans cet ouvrage, à la mise en page très originale, l'artiste entend retrouver les couleurs primordiales, originelles de la lumière, par résonances. Et pour cela, elle découpe en citations, comme on découpe la lumière à travers un prisme, des fragments d'oeuvres, notamment de René Guénon et de l'abbé Paul Lacuria, mais surtout guidée par les recherches du mathématicien Charles Henry, concernant son cercle chromatique et sa théorie du "psychone".

Portrait de Jeanne Lanvin,(1925) Conservé au musée des Arts Décoratifs, Paris.
La toile est plus sévère que ce à quoi nous a habitués l'artiste. Dans un camaïeu de gris raffinés et d'ors lumineux qui se reflètent sur le visage du modèle, Jeanne Lanvin nous fait face dans une pose fière et très élégante. Sa coiffure très stricte, sa tenue sobre et sans affectation disent la femme de goût et d'autorité.

Elle doit finalement quitter et louer son atelier pour s'assurer un petit revenu. Atteinte d'un cancer de l'estomac, elle décède à Paris le 18 mars 1937 et est inhumée dans le carré des indigents du cimetière de Thiais. 


Au musée des Beaux-Arts de Bordeaux : Baigneuse
L'oeuvre, de format presque carré, baigne dans une lumière douce et vibrante. Le corps féminin, tout en courbes et doucement alangui, se détache en une pose pudique sur une fontaine aux reflets bleutés, tandis qu'à droite, une allée s'éloigne vers un ailleurs mystérieux. 


La balançoire - Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Encore un format presque carré, et toujours une nature aux teintes chatoyante qui met en valeur un corps de femme surpris, ici, dans son sommeil. Le hamac barre la toile d'une diagonale souple, et la blancheur du corps féminin est mise en valeur par un châle rouge, négligemment jeté sur ce siège estival. A gauche, sur une petite table, les vêtements et surtout le chapeau de la belle montrent qu'elle a profité de ce moment de solitude pour se mettre à l'aise. 


Les enfants mariniers - 1898 - Musée de Cognac
Une toile à l'accent réaliste, aux teintes franches et lumineuses


La composition est simple, déclinant à l'envie le carré qui convient si bien à l'artiste.


Les enfants sont regroupés dans deux carrés opposés, pendant que celui du haut à gauche décrit le paysage et joue sur les reflets. On y découvre une femme penchée sur le bord d'un bateau.


Le dernier carré, en bas à droite, est presque une représentation abstraite de l'eau, rendue dans des tons inattendus de rouille, de brun et de vert.


La petite fille aux yeux clairs nous regarde bien en face, alors que tous les garçonnets sont occupés ailleurs. Elle pose sur la toile les seules teintes de bleu, celle de sa robe, franche, à laquelle répond celle, transparente, de son regard triste.


"Rien au-dessus d'elle, hormis les rares maîtres qui dominent l'époque entière", écrivit Camille Mauclair de Clémentine Hélène Dufau (cité dans René Guénon, Lectures et enjeux page 243) 

lundi 23 février 2015

Marée du siècle, la répétition !



Tous les hôtels de la Côte Atlantique affichent complets depuis plus d'un an pour le samedi 21 mars... ce sera, nous dit-on, la marée du siècle. Entendez, pour les non-initiés, que ce jour-là, on enregistrera un coefficient rarement atteint : 119 ... du coup, le marnage (la différence entre la hauteur d'eau à marée haute et celle à marée basse) sera, on s'en doute, particulièrement fort. Et le résultat spectaculaire... 


On (nous qui habitons près des côtes) espère seulement que le temps sera clément, car une dépression à ce moment-là pourrait nous offrir une de ces tempêtes qu'on redoute particulièrement depuis Xynthia. Et franchement, ce dont les médias font une curiosité pour touristes en veine d'émotions fortes (et croyez-moi quand on prend une vague sur la tête, c'est lourd, froid et pas franchement agréable), est plutôt pour les habitants de la côte une source d'inquiétude. En attendant, ce week-end, on s'est entraîné ... avec un coefficient de 117 ! pas mal non plus... d'autant qu'il faisait un temps superbe.


En gros, l'affaire est simple : toutes les 6 heures, le paysage se transforme du tout au tout ! Un coup c'est vide, très vide, sable, vase, boue gagnent du terrain, se dévoilent, s'alanguissent... puis, sans prévenir, c'est l'étale, le calme plat, plus de bruit de mer. Il semble que rien ne va plus bouger... et soudain, même s'il fait beau, un petit vent se lève, le temps se brouille et ... vroum ... c'est reparti dans l'autre sens... Et ça remonte jusqu'à ce que ce soit plein !!!


Le 21 mars, ce sera juste un peu plus haut !! Ce qui est beau c'est que ces caprices de la lune et du soleil nous valent, parfois, de splendides arc-en-ciel, comme celui d'aujourd'hui qui célèbre le retour à des coefficients normaux :


vendredi 20 février 2015

Œuf d'oie en cocotte aux truffes


Des oeufs, pas n'importe lesquels en l'espèce puisque c'étaient des oeufs d'oie, de la crème et des truffes : ce n'est pas une recette bien compliquée que tu t'apprêtes à nous servir ici, Michelaise, tu exagères un peu !


Sauf que ... après avoir pratiqué la recette "normale", dans laquelle on place au fond qu'un caquelon allant au four, une bonne cuillerée de crème, avec quelques brins de truffe, sel et poivre, puis on casse par-dessus un œuf (d'oie je l'ai dit, mais si l'on n'en a pas, un ou deux œufs de poule, selon le rôle du mets dans votre menu, entrée ou plat principal, font parfaitement l'affaire), on rajoute quelques lamelles du précieux tuber melanosporum, de nouveau sel et poivre, avant d'enfourner... j'ai découvert que le résultat ne me satisfaisait pas entièrement.


La raison de mes réserves ? La crème, après cuisson, est devenue quasiment liquide, le blanc, quant à lui, a "pris" et forme des espèces de grumeaux. Et si l'on veut que l'ensemble ne fasse pas trop une soupe, il faut laisser cuire assez longtemps pour que le blanc soit presqu'entièrement solidifié, ce qui fait que le jaune, quant à lui, est un peu trop solide. C'est bon, n'allez surtout pas imaginer le contraire, mais cela pourrait, on le sent, être meilleur. Alors ? 
Et bien, j'ai trouvé et testé la solution, très simple au demeurant et qui vous fournit, je vous l'acertaine, un mets d'un raffinement absolu. Reprenons donc tout à zéro.


Si vous disposez d’œufs d'oie, je le disais, la recette n'en sera que plus rare et plus recherchée, sinon une simple poulette devrait vous fournir votre matériau de base. Il vous fait de la crème épaisse, deux très grosses cuillerées à soupe pour deux œufs, trois petites truffes et les assaisonnements classiques, sel et poivre, du très bon poivre s'impose.


La première étape consiste à séparer le blanc du jaune et à conserver le jaune dans un creux de coquille pendant que vous battez, dans un saladier le blanc, accompagné de la crème. Vous y débitez vos truffes dont vous aurez seulement conservé, pour le décor, 6 jolies lamelles bien rondes, vous salez, poivrez et faites jouer le poignet pour que l'ensemble mousse bien.


Puis vous partagez le mélange obtenu dans deux ramequins de belle taille (c'est gros, un œuf d'oie) et vous déposez délicatement au centre vos jaunes, avant de conclure avec les copeaux de truffe.


Plus qu'à enfourner à 180° et à vous tenir au garde-à-vous près du four : il faut, pour l'oie, en principe 18 minutes (9 minutes pour 1 oeuf de poule), mais il est préférable de surveiller la cuisson de près. Il faut que le mélange blanc mousse, "grillote" et ne tremblote plus, et que le jaune soit pris mais surtout pas solidifié, ce serait un désastre.

Je ne sais si ma photo rend bien la teneur de mon discours : dans ce premier oeuf-cocotte, recette classique, l'ensemble qui entoure le jaune est assez liquide ...

... alors qu'avec la recette ci-dessus, on voit que le mélange crème-blanc, bien homogénéisé, est mousseux et semi-solide, alors que le jaune, lui-même, est parfaitement liquide.


Voilà, vous n'avez plus qu'à déguster, avec les mines appréciatrices de rigueur, avec un bon petit Pessac-Léognan ou tout autre bon vin que vous aurez tiré de derrière les fagots !
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