dimanche 24 mai 2015

"Ils" ont aussi des carrelets !


"Ils" : ce sont les italiens... imaginez notre dépit quand, fièrement plantés dans l'embouchure d'un des multiples bras du Pô, nous avons découverts ces alignements si proches de ceux de notre estuaire ... sophistication technique en prime !


Car ces trabucchi (1), autrement dit trébuchets, sont là-bas monnaie courante. Mais leurs équipements - filets, taille impressionnante des balances, système de relevage électrifiés, grandes cabanes fort bien aménagées - rendent bien pâles nos petits carrelets tout cabossés et faits de bric et de broc !


Surtout présents sur les côtes du côté du Monte Gargano (et ce, d'autant plus que leurs poteaux sont souvent fabriqués dans des pins en provenance de cette région), ou encore dans les Abruzzes ou le Molise, on en trouve en fait tout le long de la mer Adriatique et ceux que nous avons photographiés, à Cervia font partie de cette longue entreprise de pêche "à vue" qui intercepte les flux de poissons qui se déplacent le long des côtes italiennes.


Selon la tradition, le trabucco aurait été importé par les Phéniciens, mais leur existence documentée remonte au XVIIIe siècle, période au cours de laquelle les pêcheurs du Monte Gargano ont conçu cette ingénieuse technique de pêche qui leur permettait de pêcher depuis la côte et, ainsi, d'échapper aux conditions météorologiques difficiles de cette région. La côte étant fort rocheuse, on pouvait en installer sur chaque promontoire.


Ceux de la plaine du Pô sont moins impressionnants mais le principe reste le même : une construction traditionnelle, en principe en pin d'Alep, très courant et bien élastique, résistant aux intempéries et au sel, souvent financée grâce à des aides de fonds publics, car c'est devenu une curiosité touristique. S'ils ont perdu leur fonction économique, les trabucchi sont, comme chez nous, d'agréables petites villégiatures où l'on se rend en famille, pour se détendre et tenter de prendre quelques poissons.


On s'installe dans la cabane et c'est de là que, grâce à un moteur télécommandé, on monte et on descend le trabocchetto, filet à grosses mailles suspendu entre les antemne (bras) qui le maintiennent, à grands renforts de filins et d'amarrages en tous genres, au-dessus de l'eau.

Et forcément, avec un tel confort de maniement, ils sont utilisés ces trabucchi : la preuve ! Mais nous n'y avons pas vu beaucoup de plus prises de chez nous, bien que les pécheurs passent leur temps à monter et à descendre le filet.


Tous ne sont pas aussi sophistiqués que ceux de la région de Cervia, la preuve celui-ci, vu à Mesola et où la cabane était remplacée par un simple fauteuil !!


Mais son propriétaire, assis plus loin à l'ombre, maniait le filet grâce à une poulie électrique, il avait amené sa petite batterie et manœuvrait consciencieusement l'engin, aller, retour, sans grand succès mais au moins sans se fatiguer.


Pourtant, qu'on me pardonne mon chauvinisme, nos carrelets sont définitivement plus "jolis" !!


(1)
Trabucco ou encore trabocco, et même travocc dans certains dialectes du sud : le sens originel est piège profond , puis le terme a été appliqué à de hautes constructions en bois militaire (trébuchets) utilisées au Moyen Age pour assiéger rivaux forteresses. Voir: Ottavio Lurati, Toponimi e GEOLOGIA , en sémantique , XXIX, Numéro 2, Décembre 2008, 446. Source Wikipedia

jeudi 21 mai 2015

Bruce Krebs : De génération en génération


Scellée dans le mur qui protège la balade en bord de mer, près du Vieux Port de La Rochelle, la plaque de bronze, patinée par les embruns, défie le temps. Elle a été réalisée, à la demande des Architectes des Bâtiments de France et de la ville de La Rochelle. Et son titre "De génération en génération", son thème, la lecture ou sans doute, plus largement, le savoir, interpelle. On s'arrête, on commente (avec Alter, ce sont toujours des joutes à qui aura le plus d'idées) et du coup, un passant s'arrête aussi et s'en mêle. Ce n'est pas uniquement du savoir que contiennent les livres qu'il est question, mais de sa transmission. Nous supposons que les hommes qui se succèdent représentent l'humanité, ou une partie d'entre elle, à travers son histoire. L'humanité qui se transmet, par l'intermédiaire des livres, ses acquis, ses découvertes, ses connaissances. Chaque homme lit un ouvrage ouvert, posé comme sur un lutrin sur la tête de celui qui est en-dessous de lui, incrusté profondément dans son crâne. C'est parce que la génération précédente a appris et exposé ses idées que l'on peut progresser. Il faut voir combien chacun s'instruit de façon différente :


 ... regardez ces airs concentrés, étonnés, rigolards (celui du haut à droite)... l'un se tient le menton, l'autre croise les mains avec un air de grande attention, l'un est sérieux, l'autre sourit, s'amuse visiblement. Tous sont captivés, passionnés, pris par leur lecture. Les yeux immenses traduisent la soif d'apprendre, encore et encore.


Et puis, soudain, la transmission s'interrompt : c'est un lecteur qui, comme ci-dessus, se cache les yeux, refuse la vérité, casse la chaîne de la transmission.



Ou pire, un autre qui refuse de partager, se couvre la bouche de ses deux mains, auto-censure ou censure extérieure, imposée ... qu'importe ... le livre qu'il tenait se ferme et de sa tête ne sort plus rien. Son crâne est vide, rond et bête. Et celui qui est au-dessus commence à se fissurer. Si l'on suit le chemin de l'Histoire, le désastre progresse de proche en proche, la transmission s'arrête et les esprits explosent, se délitent, tout semble perdu.


L'humanité perd petit à petit sa consistance, les idées n'ont plus cours et les livres disparaissent, chassés ou perdus. Le vide gagne, les visages sont brisés, on a peur de cette déliquescence. 


Et nous alors, dit le passant intéressé par cette approche historique, chronologique de la frise .... nous, où sommes-nous ??


On se tait, on scrute les visages qui nous font face, on aimerait être dans une partie de bonheur, simple, de transmission sans heurt. On se dit que, tout de même, on n'a jamais eu autant de possibles, un accès aussi large et aussi facile à la connaissance. Mais on sait qu'il y a des remous malsains qui perturbent la simple béatitude de savoir, de découvrir. On sait que certains prétendent, encore et toujours, tuer la culture, interdire la libre circulation des idées et son joyeux remue-méninges. On sait aussi que notre époque, à cause d'une abondance particulièrement forte d'informations, brouille le message et que pour le décrypter, c'est parfois difficile : cela demande beaucoup de force morale, de rigueur. Et, avec le passant attristé, nous concluons qu'on ne peut nous situer dans les zones paisibles de la plaque de bronze.


Alors, avec un peu de regret, nous sommes tombés d'accord pour nous situer dans une zone lisière, riche de savoir mais dangereuse, perturbée. Menacés par d’obscurs périls, le trop, le pas assez, le mal-dit, le déformé, peut-être un peu trop prompts à renoncer au pur bonheur du partage pour des sirènes un peu trop bruyante... et pourtant si riches de possibles. Un peu comme dans ce détail où quelques têtes heureuses cherchent à conserver leur précaire équilibre entre des zones obscurantisme volontaire et de déstructuration plus ou moins forte. En équilibre et menacés, par nous-mêmes autant que par notre environnement. Une période magnifique que la nôtre mais où nous devons rester vigilants, exigeants et vouloir, sans concession, toujours et  partout, continuer à transmettre ... de génération en génération ... ce qui nous a nous-mêmes construits. 

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Sur le site de l'artiste, Bruce Krebs, peut-être un peu moins lyrique que nous, on trouve la genèse de l'oeuvre "Cette sculpture est partie d'un tout petit croquis griffonné dans un train. Il représentait juste un homme lisant dans la tête d'un autre homme. Cela aurait pu faire juste l'objet d'un croquis humoristique dans un journal. Je n'imaginais pas, à ce moment-là que ce petit croquis m'embarquerait pour une pièce si importante. Puis l'idée s'est développée. L'enchaînement de l'action de lire est venu très vite. Dès le départ, j'ai imaginé mon premier personnage en bas relief. J'ai donc commencé à modeler un personnage avec une tête transformée en livre, le regard tourné vers le bas. J'ai moulé tous ces éléments dans de l'alginate (produit très adapté pour des moules temporaires et rapides). J'ai dupliqué six ou sept fois les pièces en plâtre. Et je les ai assemblées sur une baguette de bois, pour voir... Je me suis arrêté à ce stade dans un premier temps. C'était sympathique, mais cela ne constituait pas vraiment une sculpture. L'idée du lecteur qui refuse de lire m'est venue plus tard. Et ce n'est qu'à ce moment-là que j'ai découvert que la pièce que je préparais, serait beaucoup plus importante que ce que j'avais prévu au départ. J'ai fixé une série de têtes les unes au dessus des autres sur la baguette de bois. J'ai modifié toutes les expressions des visages et j'ai disposé les mains de façons différentes à chaque fois... J'ai préparé, à part, une série de mains."
Et il propose un petit film pour voir la sculpture in situ :



lundi 18 mai 2015

Le mariage de Dona Roza, du peintre portugais José Conrado Rosa


C'est en 1985 que, grâce à l'aide du FRAM (1) de Poitou-Charentes, le musée du Nouveau Monde de La Rochelle acquit ce tableau qui est, à mon sens, une des pièces-maîtresses de l'endroit.
L'endroit ? Le musée du Nouveau Monde disais-je, installé dans un bel hôtel particulier de la rue Fleuriau : accueillies dans ce superbe bâtiment construit au XVIIIe siècle par Regnault de Beaulieu, et agrandi vers 1775 par Aimé Benjamin, Fleuriau, les collections se déploient dans de beaux espaces rocaille et néo-classiques.


La Rochelle fut, on le sait, l'un des principaux ports de commerce et d'émigration vers le Nouveau Monde : Nouvelle France, Antilles... Et ce, depuis le début du XVIe siècle. Des milliers de français pleins d'espoir quittaient les tours médiévales de La Rochelle pour le Nouveau Monde et leur rêve d'Amérique. D'autres, armateurs et commerçants en tous genres, s'enrichissaient à ce commerce pas toujours très moral et la ville de La Rochelle témoigne, par la diversité et le raffinement de son architecture, de la richesse que certains purent ainsi acquérir. L'Hôtel Fleuriau, demeure d'une famille de négociants rochelais, propriétaires d'une plantation à Saint-Domingue, en est un exemple frappant. Le musée quant à lui, s'est donné pour vocation d'évoquer les relations entre le vieux continent et des nouveaux horizons. Il comprend des peintures, gravures, dessins, sculptures, cartes anciennes et objets d'art décoratif liés au thème du Nouveau Monde ainsi que du mobilier français du XVIIIe siècle et un bel ensemble de mobilier colonial américain.


Mais revenons à notre tableau : intitulé « Mascarade nuptiale », il fut réalisé, la signature nous le rappelle (2) par José Conrado Rosa. Fils et élève du peintre Domingo da Rosa, José Conrado succéda à son père dans la charge de maître de dessin et de peinture des princes de la maison royale du Portugal, travaillant à la cour du roi Pedro III et de la reine Maria 1ère du Portugal durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. On sait peu de choses de l'auteur, qui travailla en particulier, semble-t-il, à la décoration du pavillon de Robillon au palais de Queluz (3).
Dans un paysage montagneux, le tableau montre huit personnages de petite taille, manifestement nains : trois sont juchés sur une sorte de calèche, quatre autres posent en pied au premier plan tandis que sur la gauche, un dernier personnage vise de sa flèche une colombe perchée sur la branche d'un arbre.


Il semble avéré qu'il s'agisse d'un portrait de noces : celles de Dona Roza, la naine préférée de la reine Marie 1ère (4), avec Don Pedro. Chaque personnage est   identifié par un texte inscrit sur un élément de son vêtement (5).
Ces courtes notices nous permettent de savoir qui sont les protagonistes de l'histoire. On apprend ainsi que ce sont majoritairement à des individus frappés de nanisme, à l'exception de Siriaco, le noir dépigmenté qui semble avoir la taille de son âge (12 ans), venant de différents sites des territoires coloniaux portugais. Les deux mariés viennent de l'Angola, les deux musiciens arrivent du Mozambique et les quatre autres du Brésil (des états de Pernambouc, Para, Rio de Janeiro et Bahia). Ils sont relativement jeunes et, pour ceux dont la date d'arrivée est mentionnée, présents à la cour depuis peu d'années, à l'exception de Dona Roza.
Dona Roza était, selon un chroniqueur de l'époque (6) « l'exemple préféré de toute cette faune exotique qu'il a toujours été coutume d'entretenir au Portugal… Le nez épaté, de grosses lèvres, un véritable avorton de la race de Cham, vêtue de couleurs éclatantes qui rehaussaient sa noirceur et sa difformité, elle accompagnait toujours la Reine qui lui était très attachée ».
Dona Roza bénéficiait de logements adjacents à ceux de la reine et les factures attestent que cette dernière lui faisait des dons réguliers et importants de vêtements, chaussures, nourriture. À sa mort en 1790, la reine paya pour elle deux cents messes. Il n'y a donc rien d'invraisemblable à ce que la royale maîtresse ait offert à sa suivante préférée ce tableau en souvenir de mariage.


Car le titre actuel du tableau, Mascarade nuptiale, est forcément absurde : il est sans doute récent et ne traduit nullement le sérieux de la scène, qui n'est ni caricaturale ni outrée. Certes, les personnages représentés sont presque tous atteints de nanisme, mais la qualité de leurs costumes et l'air de parfaite dignité qui les anime n'ont rien de risible, de grottesque ou de grossier. Ceux qui veulent voir dans cette toile une mascarade prétendent que les riches vêtements des mariés singeraient la noblesse. Or les archives attestent de dépenses très importantes pour l'habillement des nains de la cour, particulièrement pour les préférés de la reine. Cette petite assemblée est donc en habits de fête, certes, mais nullement ridicules et parfaitement coupés, et élégants. On a même mention de frais pour le maître d'école qui enseignait à Siriaco et à D. José Maria (son voisin de droite sur le tableau ?).


Et les bijoux des femmes ne sont pas des bimbeloteries mais de réels joyaux en or, ou tout au moins d'argent.
D'autres ont voulu voir dans cette composition pyramidale une allusion malséante à la pyramide sociale, outrée selon eux par la coiffure en forme de mitre du laquais (Martinho de Mello e Castro) qui se tient derrière les époux. Cela ne tient pas debout, la reine était trop pieuse pour se permettre une telle raillerie à l'égard du clergé. L'intention satirique n'est pas évidente et il est plus réaliste d'y voir "un cabinet de curiosité" de la nature, (7) ou, plus simplement encore, un cadeau de la Reine à sa suivante préférée. Deux cent messes pour le salut de son âme, c'est la preuve qu'elle l'aimait vraiment et la portait en grande estime.


Le fait qu'il s'agisse bien d'un portrait de mariage et non d'un catalogue d'observations anthropologiques, s'affirme par la présence sur l'arbre situé sur la gauche du tableau d'une blanche colombe, symbole d'autant plus évident de la virginité de la future épousée que Marcelino de Tapuia, tête levée, bande son arc vers elle et semble prêt à la lui décocher la traditionnelle flèche de l'amour. Les personnages qui sont au pied du char nuptial portent tous des instruments de musique qui marquent l'esprit festif du moment représenté.


Pourtant leur air un peu nostalgique et plutôt réservé n'en fait ni des bouffons de cour ni des amuseurs agités ou ridicules. Ils participent avec une vraie dignité au mariage de leur semblable et la façon toute confiante, pleine de douceur, dont les époux se donnent la main teinte la scène d'une véritable humanité paisible.


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Notes :

(1) Fonds Régional d'Acquisition pour les Musées

(2) Signé et daté en bas à droite « José C. Roza, pintou de natural, em 1788 » (H. 270 cm ; l. 190,5 cm).

(3) Voir le site du Palais
Le pavillon de Robillon

(4) Marie Ière de Portugal, dite la Pieuse, est née à Lisbonne le 17 décembre 1734 et morte à Rio de Janeiro le 20 mars 1816. Fille aînée de Joseph Ier et de Marie-Anne Victoire de Bourbon, elle devient reine du Portugal en 1777. Elle a épousé en 1760 l'infant Pedro, son oncle (le frère cadet de son père) qui devient roi-consort à son avènement et à qui elle fait donner le titre de Pedro III. À la suite de la mort de celui-ci en 1786, de son fils aîné en 1788, troublée par les événements de la Révolution française, elle sombre peu à peu dans la folie et son fils cadet Jean VI assure la régence à partir de 1791. Elle part au Brésil en 1807 devant l'avancée des troupes napoléoniennes et y décède. À l'instar d'autres cours, la mode à la cour du Portugal est de s'entourer de jeunes esclaves noirs. Une de leurs vertus est de rehausser la blancheur de leur maîtresse. Ainsi l'auteur et voyageur anglais William Beckford écrit que, lors d'une soirée théâtrale à Lisbonne en 1788, « la belle comtesse de Pombeiro qui, avec ses cheveux blonds et la blancheur de sa peau, faisait un parfait contraste avec la couleur d'ébène de ses deux petites domestiques noires qui l'entouraient ». Mais peut-être plus encore qu'ailleurs, les puissants et les riches aiment « collectionner les curiosités », - objets, animaux mais aussi… humains - parmi lesquelles les nains et tous individus hors normes présentant des « bizarreries physiques ».


(5) Transcription des inscriptions portées sur cette toile, un vrai roman !!
José C. Roza Pintore de natural em 1788 (s.b.d)
Martinho de Mello e Castro, preto natural da Bahia, foi mandado pelo Governador e/ Capitâo General que era de Pernanbuco Joze Cezar de Menezes chegou no ano de 1787 e tem 14 anos [sur deux lignes sur son couvre-chef] : Martinho de Mello e Castro, noir originaire de Bahia, envoyé par le gouverneur et capitaine général de Pernambouc, José César de Menezes, arrivé en 1787, il a 14 ans.
D. Roza do Coracâo de Jesus, preta de idade de 18 annos, natural de Horguetta ( ?) a qual foi mandada para esta corte pelo Governador que entâo era de Angola Jozé Gonçalves da Conaro et chegou a esta cidade a 7 de setembro de 1781. Preta muito celebre pela sua figura ao que uni/vera ( ?) viveza ( ?) juizo e graça que a fazem muito estimavel [sur deux lignes sur l'ourlet de sa jupe] : Dona Roza du Coeur de Jésus, noire âgée de 18 ans, originaire de Horguetta ( ?) d'où elle fut envoyée à cette cour par José Gonçalves da Conaro, qui était alors gouverneur d'Angola et arrivée en cette ville le 7 septembre 1781. Noire très célèbre pour son visage qui allie vivacité, sagesse et grâce qui la rendent très estimable.
D. Pedro, preto natural de Luanda, capital de Reino de Angola donde veio dirigido a esta Corte pelo Governador que entâo era o Barâo de Mossamedes ; tem de 30 a 40 annos de/ idade, a sua exquesita figura se conhece elo retrato [sur deux lignes le long de la dentelle de son chapeau] : Don Pedro, noir originaire de Luanda, capitale du royaume d'Angola d'où il fut envoyé à cette cour par le gouverneur qui était alors baron de Mossamedes. Il a entre 30 et 40 ans, on reconnaît son portrait à son étrange visage.
Marcelino de Tapuia, natural de Mairu ( ?), foi mandado …[illisible] pelo Governador que entâo era/de Para, Martinho de Souza e Albuquerque e tem 26 annos [sur deux lignes sur le bandeau de sa coiffe] : Marcelino de Tapuia, originaire de Mariuá, envoyé par Martinho de Souza et Albuquerque, qui était alors gouverneur du Pará ; il a 26 ans.
D. Anna natu/ral de Rio de Sena don/de foi remetida para Portugal/pelo Governador e Capitâo/General que era de Mecam/bique Antonio de Mello/e Castro e chegou em Ju/nho de 1787, tem 17 /annos de idade [sur neuf lignes sur une cymbalette du tambourin] : Dona Anna, de Rio de Sena, d'où elle fut envoyée au Portugal par Antonio de Mello et Castro qui était gouverneur et capitaine général du Mozambique ; elle est arrivée en juin 1787 ; elle a 17 ans.
D. Jozé, natural de Maruide, de 30 anos de idade:/ passou a o Rio de Janeiro e dela para esta Corte aon/de chegou a 24 de dezembro de 1786 enviado pelo Vi/ce Rei que entâo era dos Estados do Brasil Luiz de Vas/concellos e Souza [sur cinq lignes sur sa ceinture] : Dom José, originaire de Maruide, âgé de 30 ans : est passé à Rio de Janeiro et de là pour cette cour où il est arrivé le 24 décembre 1786, envoyé par le vice-roi des Etats du Brésil, qui était alors Luiz de Vasconcellos e Souza.
Siriaco, natural de Continginba donde passou/ a Bahia e dahi o mandou de presente ao Prince/pe N. S. [D. José] o Governador e Capitâo General que entâo/era D. Rodrigo Jo/sé de Menezes e No/ronha ; tem 12 anos de idade ; chegou/ a esta Corte em/Julho de 1786 ; os raros e/celebres accidentes des/te preto se descobrem no/seu retrato [sur douze lignes sur son caleçon] : Siriaco, originaire de Cotingiba d'où il est passé à Bahia et de là envoyé en présent au prince notre seigneur par Dom Rodrigo José de Menezes e Noronha qui était alors le gouverneur et capitaine général [de Bahia] ; il a 12 ans et est arrivé à cette cour en juillet 1786 ; les exceptionnels et célèbres accidents de ce noir peuvent être vus sur son portrait.
Sebastiaô, natural de Rio de Sena donde foi remetido para Portugal pelo Governador e Capitâo/ General que era de Mecambique Antonio de Melo e Castro, chegou em Juhno de 1787 et tem de idade 31 anos [sur deux lignes sur sa basque] : Sébastien, originaire de Rio de Sena d'où il fut envoyé au Portugal par celui qui était alors gouverneur et capitaine général du Mozambique Antonio de Melo e Castro, arrivé en juillet 1787, et il a 31 ans.
Source Alienor

(6) Il s'agit de l'auteur et voyageur anglais William Beckford.


(7) En cette fin du XVIIIe siècle, on est très attentif aux résultats des métissages et toute une nomenclature s'établit pour désigner chaque degré de mélanges telle celle établie en France par Médéric Moreau de Saint-Méry qui détermine cent-vingt-huit combinaisons possibles.
Un des personnages les plus frappants de cet étrange tableau est sans conteste Siriaco qui fascina ses contemporains et dont la présence sur cette toile est sans doute une des raisons des interprétations fantaisistes qu'on aime à en donner. Il est clair que cet "enfant-léopard" fascinait ses contemporains, puisqu'en décembre 1786, Joaquim Manuel da Rocha, un autre peintre de la cour, reçut 48 000 reis pour le portraiturer. En 1787, deux autres portraits, payés cette fois 86 400 reis du «preto malhado » ou « nègre-pie » ainsi qu'on le désignait alors, furent à nouveau livrés par le même artiste ! l'un est d'ailleurs conservé à Paris au musée de l'École de Médecine et l'autre au musée ethnographique de Madrid. Le dernier, qui était conservé à la galerie de peintures du palais national de Ajuda à Lisbonne, a disparu dans un incendie en 1974.
La seconde moitié du XVIIIe siècle se passionnait pour les études scientifiques et pour l'histoire naturelle. En 1744, Pierre Louis Moreau de Maupertuis publia La Dissertation physique à l'occasion du nègre blanc qui suivit la présence d'un Noir albinos à Paris sur « le prodige » duquel « chacun raisonna à perte de vue ». La question de la dépigmentation intriguait en effet beaucoup et donna lieu à des recherches et des interprétations diverses qui ont accompagné, de manière significative, l'élaboration de théories raciales.

vendredi 15 mai 2015

Quatuors à Bordeaux



Qui a dit que je répète ?? Bon, je vous l'accorde tous les ans au mois de mai, ou à peu près, vous avez droit au même enthousiasme et à la même emphase : notre passion pour le quatuor à cordes ne cessant de d'affirmer, vous n'y couperez pas cette année !


Et ce d'autant moins que le directeur du festival Quatuors à Bordeaux qui a lieu en alternance avec le Concours homonyme nous a fort judicieusement demandé d'en parler : bon, certes, mon blog n'est pas une vitrine de grande ampleur, mais j'ai sauté sur le prétexte !!! D'autant que je me désole assez de la discrétion du genre "musique de chambre" pour ne pas tenter d'en promouvoir l'image. Vous le voyez sur la photo de la salle prise lors d'un des concerts donnés en fin d'après-midi dans l'admirable salle capitulaire de la cour Mably, le public bordelais suit ... en masse et c'est la bonne nouvelle pour la survie de ce genre de manifestation, précieuse et de qualité.


La salle était comble et nombre de personnes sont restées debout ou ont dû s’asseoir par terre pour écouter les deux formations de ce formidable moment : le quatuor Mettis, des lituaniens prometteurs et surtout le quatuor Van Kuijk qui est, est-ce possible, encore en progrès par rapport à Londres. Voyez comme ils sont souriants et heureux de jouer : je vous assure que cela s'entend quand ils sont en concert !! Bon, certains vont dire qu'on joue au fan-club des inconditionnels. Ce qui n'empêche que vous devez absolument noter le nom de ce jeune quatuor dans vos tablettes : d'ici quelques années, ils seront incontournables et l'on se battra pour aller les entendre. Si leur formation reste aussi lumineuse, soudée dans la volonté de bien faire, complice et efficace, exigeante et "intelligente", c'est à dire ouverte et ambitieuse pour les partitions qu'ils interprètent, ce sont les Modigliani de demain. Et oui, déjà... messieurs de Modigliani : la relève pointe son nez !!! Et le public bordelais ne s'y est pas trompé, qui les a ovationnés.


Car le Festival "entre concours" accueille 5 jeunes groupes qui assistent à des masters classes dont le "maître" est l'altiste Miguel da Silva : un pédagogue hors pair, dont nous avions déjà apprécié les qualités humaines et musicales lors du Festival de Fayence... un amoureux de la note parfaite, du travail sans relâche, un exigeant qui valorise toujours les jeunes avant de leur dispenser ses conseils. C'était l'année où nous avions entendu l'intégrale Beethoven peu avant la séparation de sa formation : le quatuor Ysaÿe qui  nous si souvent envoûtés.
Entendre une classe de maître, c'est avoir un peu l'impression d'écouter moins idiot... si vous saviez le temps qu'il faut pour peaufiner quelques mesures, pour donner la couleur, l'accent, le son, le rythme appropriés !! Si vous saviez aussi la qualité technique, l'attention et la volonté de progresser de ces jeunes quatuors qu'il chapeaute et conseille avec gentillesse, humour mais, toujours, de façon ferme et sans concession.


Pourtant quel plaisir pour lui de passer de l'autre côté de l'estrade ! Enfin reprendre son alto et jouer en quintette ou en sextuor : il en trépignait de joie ! Quelle chance pour ces jeunes de  jouer avec un tel professionnel ... Et pour nous, tous ces instants sont rares et passionnants : pas étonnant que cette manifestation ait du succès, elle le mérite et on a envie que le public soit de plus en plus nombreux pour permettre à ces festivals de continuer longtemps. Même s'il faut un peu se serrer pour rentrer tous dans la salle capitulaire.


La semaine se termine demain par le concert de clôture, qui réunit à l'auditorium toutes les jeunes formations ainsi que leur professeur, pour un concert d'envergure qui est une vraie fête du quatuor.
Et l'on se quittera un peu tristes mais tellement impatients d'atteindre le printemps prochain où le concours a lieu ... à Bordeaux : du 2 au 7 mai 2016.... qu'on se le dise ! 

mercredi 13 mai 2015

Pour un blog qui "marche"


Comment faire pour "faire du chiffre" sur son blog ? Pour certains, monnayant leurs pages (les méthodes sont aussi nombreuses qu'imaginatives en la matière et j'en ai, je crois, déjà parlé), l'affaire est d'importance puisqu'ils "gagnent leur croûte" au clic. Et, nous dit-on, l'affaire peut être juteuse.
Pour d'autres, quand il s'agit de blogs vantant des produits à vendre, on nous apprend qu'il existe des officines qui font commerce de faux avis et de faux commentaires. En la matière, vous avez le choix, dès lors que vous acceptez de payer, entre le démolissage en règle de vos concurrents et les appréciations laudatives sur votre produit. Le recours aux faux avis pour vanter sa marque ou dénigrer celle d'un rival sur le Web serait devenue une pratique courante, et, comme il se doit, mondiale. En juillet 2012, Facebook annonçait ainsi que 83 millions de ses 955 millions de comptes étaient des faux servant, entre autres, à gonfler artificiellement le stock de fans d'enseignes en mal de notoriété, et on imagine que depuis le phénomène ne cesse de se développer. C'est la guerre des avis, les pour et les contre, les frustrés et les fans, les maniaques et les enthousiastes, l'instantané et le passé, l'info et l'intox, le rire et les larmes... en un mot, le pire et le meilleur. Et surtout, pour le visiteur lambda, pressé et persuadé qu'il est bien informé, c'est une jungle dans laquelle il a de plus en plus de risques de devenir un pigeon. Quant aux sites de bonne foi, c'est pour eux une foire d'empoigne dont les naïfs et les gentils ont de plus en plus de mal à sortir indemnes.


Au point que certains, ayant pignon sur rue, vendent des services "de gestion des réseaux sociaux" de plus en plus sophistiqués. Foin des avis anonymes mal rédigés, dans un français approximatif et selon une syntaxe improbable par de petites mains éparpillées dans le monde et cliquant à longueur de journée des "plus" ou des "moins" selon la nature du service attendu. Il y faut du solide, du convaincant et certaines agences déploient, pour offrir des "clics" de qualité un gros effort d'imagination. Prenez l'Agence 910* : oh certes, son site est assez mystérieux quant à la réalité des services offerts. Mais le discours est là : "… il n'y a aucune raison pour subir ! Une réputation est longue à construire et rapide à détruire ? Ce n'est pas si vrai. Une réputation construite et installée dans le temps, avec un vrai programme d'ambassadeurs et d'alliés, avec des contenus de marque forts et des éléments de preuve, est une réputation maîtrisée et stable qui résistera mieux en période de turbulence."


Et d'expliquer, car il faut quand même dévoiler un peu la teneur de l'offre "Pour construire une réputation stable en phase avec sa communauté, il ne faut pas se contenter de se protéger, il faut aller à la rencontre de ses publics.... L'entreprise peut recruter et fidéliser ses publics avec des dispositifs efficaces et mesurables." Un peu plus loin, on en sait plus : "La création et les dispositifs déployés se doivent d'être particulièrement originaux pour émerger & clarifier la lecture ! 910* met à la disposition des entreprises une équipe de seniors spécialisés dans la création et la production de dispositifs digitaux exploitant l'ensemble des possibilités offertes par le web." C'est ainsi que 910* vous propose "une veille adaptée et constante ... permet[tant] de mieux décrypter et de piloter les phénomènes d'opinion, en particulier en situation de communication sensible ou de crise. Elle permet également d'alerter en temps réel en cas de signal faible, dangereux ou à risque." Et en cas de crise (crisis dit avec pédanterie le site, comme s'il était besoin de compliquer un mot simple à comprendre pour lui donner encore plus de force) "910* met à la disposition de l'entreprise une équipe technique à même de réaliser des supports et de lancer des campagnes de référencement et de déréférencement. Une équipe qui peut mettre en place des dispositifs de conversation interne et externe avec des community managers expérimentés, qui travaillent avec des outils et process éprouvés." Sapristi qu'en termes alambiqués ces choses-là sont dites !!


Bon, je sais, je vous donne peut-être l'impression de tout mélanger, car les faux avis, ou "maquillage de notoriété" sont en général réservés aux sites marchands, soucieux de se débarrasser des concurrents ou d'affirmer, (faux) témoignages à l'appui, leur supériorité. Une abondance d'avis dithyrambiques sur les forums et d'interventions enflammées sur Facebook (1), la modification à la marge de commentaires afin de les amener à dire ce que la marque veut entendre (2) sont pratiques courantes, voire admises comme autant de moyens de concurrence. Et mon titre parle, plus modestement, "de blog qui marche" : il faut bien vous avouer que, comme souvent, je me laisse égarer.


Le déclencheur de l'article n'était qu'une petite surprise alors que je passais par l'outil "statistiques" proposé sur la page conception du blog. Et, consultant les chiffres mensuels - car j'ai beau être modeste, j'aime bien être lue, ou au moins, visitée - j'y vis que ce bon Saint Joseph, célébré chaque année le 19 mars, avait fait ce mois-ci un petit regain d'intérêt puisqu'il avait reçu, en mars 2015, 213 visites. Pour un article vieux de 5 ans et qui, il faut bien l'admettre, ne cassait pas trois pattes à un canard. Sagement entouré de Pâques et le fait religieux au XXIe siècle, qui n'en est qu'à son démarrage et les violettes du 15 mars, il avait relégué "mon" article le plus lu, mon "fonds de commerce" en quelque sorte, à la 5ème place mensuelle. Lucian Freud et ses toiles angoissantes ne fait pas recette au printemps ! Et il m'est simplement venu la réflexion suivante "pour faire du chiffre, il faut faire dans l'actualité". Remarque basique s'il en est, la presse a déjà compris cela depuis deux ou trois siècles, et qui, vous l'avouerez, fait un bien piètre départ pour un billet sur ce blog !


Poussée par le lucre (mot bien excessif en l'espèce car ce blog n'est que plaisir éprouvé à l'écrire, parfois agrémenté d'une petite fierté à l'idée d'avoir été lue, avec, qui sait, un peu d'intérêt), j'allais illico vérifier mes classiques en fréquentation totale : Lucian qui caracole toujours fièrement en tête, indétrônable, suivi à distance respectueuse par NON, puis par la fidèle Mertensia et, bien plus loin, alors qu'elle eut, en son temps, son heure de gloire, par la Mique sarladaise. Et d'ajouter in petto "pour faire du chiffre, il faut faire dans le placement à long terme !". Des sujets qui durent : finalement les peintres et l'art ont une durée de vie qui se renouvelle sans cesse, cela ne se démode pas, contrairement à l'actualité.
Tu es satisfaite Michelaise ? C'est pour nous dire quelques banalités sans conséquence que tu as pris la plume aujourd'hui ? Un billet, c'est certain qui ne "fera pas de chiffre", ne te berce pas d'illusions, ce  n'est pas avec de telles considérations que tu vas augmenter tes visites !



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(1) A l'instar des 300 000 faux fans d'Orangina sur Facebook en 2012.

(2) Certains sites de vente ou de comparaison gèrent les avis de consommateurs de manière discutable afin de ne pas froisser un gros client ou un annonceur récurrent, par exemple. Il est pour eux facile de sortir une appréciation de son contexte, de le traduire approximativement ou de corriger les fautes d'orthographe afin de doper sa crédibilité. “ Or en français, l'ajout d'un point d'exclamation ou d'un adverbe est susceptible de transformer un avis négatif en une remarque neutre ”, observe Thierry Spencer, vice-président marketing de TestNtrust, un site d'avis de consommateurs. (source)

dimanche 10 mai 2015

Petite escale à l'île d'Aix


L'île d'Aix, c'est le dépaysement et l'exotisme à quelques encablures de chez nous. Photos d'un récent séjour, un week-end hors du temps, avec cette ambiance particulière qui règne sur les îles (presque) sans voiture : le lieu appartient aux chiens, qui errent joyeusement et sans contrainte, aux piétons qui déambulent sur un rythme paisible et aux vélos qui n'ont que rarement des sonnettes et dont les conducteurs font "dring dring" pour qu'on leur laisse le passage. 


Un coefficient de 112 ce week-end là : pas la marée du siècle mais pas loin ...








Sauvages mais superbes, déjà bien grasses !







Au retour, le Fort Louvois (un sacré souvenir !!)



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